Les Français font davantage confiance à Didier Raoult qu’à Olivier Véran, selon un sondage

Coronavirus : Didier Raoult, allié, fauteur de troubles ou ennemi de la classe politique ?

Coronavirus : Didier Raoult, allié, fauteur de troubles ou ennemi de la classe politique ?

Avec ses tests sur la chloroquine pour combattre le coronavirus, le “pêcheur de microbes” a entraîné une fragmentation de la classe politique. Conséquence : la droite se fédère autour de lui et le gouvernement hésite entre prises de distance et espoir.

Sauveur ou faux prophète. Le professeur Didier Raoult et ses recherches sur un éventuel traitement contre le coronavirus à la chloroquine divise la classe politique et au-delà, jusqu’au sein de la communauté médicale. Cet infectiologue est surnommé le “pêcheur de microbes”. Un surnom qui ne suffit pourtant pas à décrire le personnage Raoult.

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Au premier abord, son allure de vieux druide étonne. Fils de médecin militaire, Didier Raoult est un des experts mondiaux en matière de maladies infectieuses et tropicales. Il est à la tête de l’Institut hospitalo-universitaire Méditerranée Infection, à Marseille.

Le 17 mars dernier, soit deux jours après un premier tour des élections municipales marqué au fer rouge par les premières mesures de confinement, Didier Raoult l’assure : “On sait guérir la maladie”. “Associé à la prise d’antibiotiques ciblés contre la pneumonie bactérienne (l’azythromycine), le traitement a totalement guéri les sujets dans la semaine, alors que 90% des malades qui n’ont pas pris de traitement sont toujours positifs”, explique-t-il dans Les Échos.

La caution des Républicains
Tout bascule fin février. Dans une vidéo qui devient rapidement virale, le professeur Didier Raoult annonce la “fin de partie” contre le nouveau coronavirus parti de Wuhan en Chine. La chloroquine, une banale molécule utilisée contre le paludisme, serait l’arme principale pour l’annihiler.

Le spécialiste des maladies infectieuses a ensuite conduit à Marseille une première étude prometteuse, sur l’utilisation de la chloroquine pour combattre le coronavirus. Ces déclarations vont rapidement résonner dans la sphère politique et sortir d’un débat initialement cantonné au domaine médical. Un coup de tonnerre qui frappera la classe politique française provoquant une division entre ceux qui sont partisans de tester plus longuement la chloroquine et d’évaluer ses effets secondaires et ceux qui souhaitent dès à présent démocratiser son utilisation.

C’est alors qu’il devient la coqueluche de certains politiques. Au premier rang : Les Républicains. Bruno Retailleau, le chef des sénateurs LR, presse le gouvernement. “Peut-être faut-il simplement le prescrire en milieu hospitalier (…) De toutes façons qu’est-ce qu’on risque ? Les gens meurent”, déclarait-il sur France Inter. Christian Estrosi, atteint du coronavirus, revendiquera en être guéri grâce au traitement controversé. La députée LR Valérie Boyer, elle, défend bec et ongles le travail de Didier Raoult. “Nous n’avons pas affaire à un charlatan mais un homme de science”, lance-t-elle sur BFMTV.
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L’engouement de la droite marseillaise pour le professeur semble s’étendre au reste de l’Hexagone. Ténor de la droite, Xavier Bertrand a aussi pris part au débat. Le Pr Didier Raoult, “quelqu’un qui ne traverse pas dans les clous, mais moi ça ne me dérange pas, ça me plaît même bien souvent”.

Une gauche timide qui s’en approche “avec gourmandise”
A gauche aussi, on défend le recours à la chroloquine mais de façon plus timide. Rares sont les dirigeants de gauche qui s’aventurent sur ce terrain. Pour l’instant, l’ancienne ministre de l’Ecologie, Ségolène Royal, fait part de son avis sur Twitter : “Soyons solidaires de ces médecins spécialistes incontestés et responsables et laissons les agir sous leur responsabilité car ces médecins risquent leur vie et savent ce qu’ils font”.

Alors que les interrogations suscitées par le professeur Raoult durent depuis plusieurs jours, il aura fallu attendre ce jeudi 26 mars, pour avoir le ressenti de Jean-Luc Mélenchon. Sur son blog, le leader de la France insoumise consacre un billet à l’épidémiologiste. “Le tableau fait de ce professeur Didier Raoult, présenté comme un sauvage malpoli et provocateur m’a évidemment tapé dans le nez”, écrit-il.

“Sachant que sa caricature n’est qu’une projection de la haine de ses détracteurs, je me suis approché avec gourmandise. Et je n’ai pas été déçu. Un contact téléphonique, ce n’est pas grand-chose mais c’est aussi des fois assez pour se faire une idée sur une personne (…) J’ai été frappé par le calme, la courtoisie et le ton souriant de mon interlocuteur”.

Consulté par Macron mais tenu à distance
De son côté, le gouvernement avance avec prudence. Plusieurs ministre n’hésitent pas à le décrire comme un fou furieux, à la personnalité dérangeante et urticante. “Ce qui n’empêche pas Emmanuel Macron d’échanger des SMS avec lui. Il faut dire que Didier Raoult a tout des profils qui attirent le Président : il n’est pas dans les clous, il est transgressif et disruptif”, souligne l’éditorialiste politique de RTL Olivier Bost.

Une position délicate pour le gouvernement qui n’a eu de cesse de communiquer en insistant se baser sur des analyses scientifiques. En créant mardi un nouveau comité de chercheurs dans la lutte contre le coronavirus, Emmanuel Macron renforce le poids des scientifiques dans les décisions que prend l’exécutif dans un domaine, la santé, où la parole politique est contestée. “C’est grâce à la science et à la médecine que nous vaincrons le virus”, a affirmé le président de la République.

Olivier Véran a autorisé le traitement par hydroxychloroquine mais uniquement pour les formes graves et dans un cadre hospitalier “sur décision collégiale des médecins” et a promis un arrêté sur le sujet. “En l’absence de toute donnée probante”, il est en revanche exclu de le prescrire dans la population générale ou pour des cas non sévères. “Cette stratégie de mise en avant d’une parole apparemment incontestable a cependant ses limites, comme le montrent les différences d’approches entre spécialistes, en particulier sur l’utilisation de la chloroquine pour soigner des patients atteints du Covid-19”, souligne l’AFP. Le professeur Raoult a d’ailleurs annoncé le 24 mars dernier se mettre en retrait du conseil scientifique.
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Les complotistes en embuscade
Didier Raoult, lui, s’amuse de ses détracteurs. “De petits marquis parisiens”, comme il les qualifie. L’épidémiologiste est soutenu à l’international par Donald Trump. La dimension politique du professeur Raoult a pris de l’ampleur car il est devenu avec la chloroquine l’un des “sujets préférés des complotistes”, souligne Libération. Avec un remède qu’il revendique comme étant simple et pas cher, “il endosse le rôle du lanceur d’alerte rejeté par la presse et le gouvernement. Pas étonnant qu’on le retrouve adulé sur des pages de ‘gilets jaunes'”, explique le journal.

“Mi-mars, une vidéo d’un certain Cat-Antonio, proche des ‘gilets jaunes’, a énormément tourné aussi : se targuant de ‘dire la vérité’, celle-ci exposait le fait que l’Institut Pasteur aurait fabriqué et breveté le Covid-19. D’une durée de vingt minutes, la vidéo a été vue plus de 3 millions de fois en vingt-quatre heures, avant d’être supprimée de Facebook qui a renforcé sa lutte contre les fake news en pleine épidémie”, peut-on lire.

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