Coronavirus : le prêtre de Poutine s'envoie en l'air

Coronavirus : le prêtre de Poutine s’envoie en l’air

Coronavirus : le prêtre de Poutine s’envoie en l’air

Le vieil homme à la longue barbe grise et aux cheveux filasse consulte son bréviaire, assis sur le siège en cuir blanc d’un jet privé. Il a disposé des icônes sur sa tablette et sur les côtés. Soudain, il lève les yeux, il saisit sa croix en or, hésite un instant, le temps de s’assurer que le Christ se présente bien face au hublot. Puis il l’incline en murmurant une prière tandis que les immeubles défilent au sol.
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Ce jour-là, l’archimandrite Iliy Nozdrine, 88 ans, a pris place à bord d’un avion affrété par les autorités. Sa mission ? Bénir les villes de Moscou et de Saint-Pétersbourg frappées par le Covid-19 (officiellement, 18 328 cas et 148 morts au niveau national). Une situation inédite au moment où le gouvernement recommande aux églises de fermer leurs portes. Quitte à affronter la colère de nombreux prêtres.

Voilà donc Nozdrine, l’une des figures ecclésiastiques les plus choyées par le pouvoir, appelé en renfort pour conjurer la pandémie durant les fêtes pascales. Un religieux « VIP », proche de Vladimir Poutine. Un petit homme maigre et voûté dont les épaules pointent sous la soutane noire. C’est aussi le confesseur du patriarche de l’Église orthodoxe Kirill, et jadis son condisciple à l’Académie théologique de Leningrad.

Il s’exprime toujours en souriant, d’une voix faible et nasillarde, mais il affiche des convictions bien trempées, conformes à l’idéologie du régime. Ses prêches versent volontiers dans la diatribe contre les Occidentaux. « Des zombies, lance-t-il, qui ne comprennent rien aux Russes, mais voient-ils nos différences et les frontières que nous avons ? » « L’ennemi veut nous plonger dans les abysses du désastre, du feu, de la mort et de l’irréligion », profère-t-il. Et de marteler sa vision impérialiste. « La nouvelle Russie avec l’Ukraine, le Belarus, la Grande Russie, tout ça, c’est la même chose. »

Du mont Athos à Instagram
De douces paroles aux oreilles de Poutine, pour lequel la chute de l’URSS fut « une catastrophe ». Iliy Nozdrine et le chef du Kremlin se rencontrent d’ailleurs régulièrement. De quoi renforcer le prestige du prêtre. « À travers lui, vous faites passer une information au président en deux jours », raconte un édile régional cité par Projet, un consortium de journalistes d’investigation russes. Une proximité dont joue aussi Poutine, conscient de tirer une partie de sa popularité de ses accointances avec les grands prélats. Tels le métropolite Tikhon, dont la rumeur prétend qu’il est le confesseur du président.

Le moine Nozdrine, il est vrai, sait flatter Poutine. « Priez-vous pour le président ? » demande-t-il parfois à ses fidèles venus se confesser. Lors de la dernière campagne présidentielle de Poutine en 2018, il enfonce même le clou. « Il est devenu notre dirigeant grâce aux prières des Saint-Pères. » Et à ceux qui osent défier Poutine dans la rue, il n’a qu’un mot : « Vous êtes des déchets. »

Au sein de l’élite, chacun recherche donc les faveurs de l’archimandrite, titulaire d’un compte Instagram et réputé pour avoir séjourné plus de dix ans dans un monastère du mont Athos, en Grèce. Et le prêtre les reçoit dans un salon privé de son église située à Peredelkino, à 25 kilomètres de Moscou. Gouverneurs et hauts fonctionnaires du Kremlin viennent solliciter ses conseils sur des remèdes médicaux ou des peines de cœur. Parmi eux, deux personnages de l’État : l’ancien ministre de la Défense Sergueï Ivanov, un intime de Poutine, et Viatcheslav Volodine, l’actuel président de la Douma, auparavant chargé des opérations de propagande au sein de l’administration présidentielle.

Autant d’entregent qui confère à Iliy Nozdrine quelques privilèges. Il vit, dit-on, modestement, mais il dispose d’un garde du corps, d’un chauffeur, et roule en Land Rover. Rien à voir cependant avec le faste qui entoure le patriarche Kirill. Qu’importe, en ces jours de fêtes religieuses, son charisme surpasse celui du chef de l’Église. Pendant que lui s’envole vers les cieux, Kirill doit se contenter de brandir une icône à bord de sa Mercedes sur les périphériques de Moscou.

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