Coronavirus

Coronavirus – Migrants: “Vu notre situation, on doit prendre le risque”

Malgré le confinement décrété en France pour endiguer la pandémie de coronavirus, de nombreuses personnes n’ont pas d’autre choix que de continuer à travailler pour avoir un salaire. Parmi elles, des sans-papiers mais aussi des demandeurs d’asile et réfugiés en contrats précaires. Ils ont raconté leur quotidien à InfoMigrants.

Le seul avantage que le confinement aura apporté à Franck*, c’est que depuis son instauration en France le 16 mars, les policiers se concentrent sur la vérification des autorisations dérogatoires de déplacements. Le livreur sans-papiers d’origine ivoirienne n’a presque plus le cœur qui s’accélère lorsqu’il aperçoit des agents.

Débouté de l’asile, il arpente à vélo depuis des mois les rues de la capitale pour livrer les plats et objets que des Parisiens ont commandé au service de livraison Stuart.

Pour pouvoir travailler, il a dû louer un compte à une personne inscrite en tant qu’auto-entrepreneur auprès de la plateforme. Selon Franck, de très nombreux livreurs qui continuent d’exercer malgré la pandémie sont des sans-papiers. “Ceux qui ont le compte ne veulent pas prendre le risque d’aller sur le terrain donc, nous, on leur loue le compte”, explique-t-il.

“Vu notre situation on doit prendre le risque. Si on ne fait pas ça, on n’a rien d’autre. Quelqu’un qui est régularisé, il peut compter sur ce que l’Etat peut lui verser. Mais nous, on n’a aucune indemnité”, ajoute le livreur.

Pression sanitaire et économique
Malgré la pandémie, Franck tient aussi à pouvoir continuer à envoyer de l’argent à ses proches en Côte d’Ivoire. “Les parents aux pays comptent sur toi. Donc, il y une pression sanitaire et économique pour nous”, souligne-t-il.

Pendant ses tournées, Franck assure prendre des précautions pour se protéger. Il avait réussi à se procurer un unique masque mais celui-ci n’a pas fait long feu. Il a fini par craquer à force de le mettre et de l’enlever.

“Nous avons eu des consignes de la part de Stuart, ils nous ont demandé de garder nos distances, de livrer les colis à la porte. Mais pour accéder à la porte des gens, il faut déjà avoir accès aux parties communes et à l’ascenseur par exemple”, signale Franck. Autant d’endroits qui peuvent être contaminés.

La pandémie a également compliqué les relations des livreurs avec les clients. “Certains comprennent la situation et sont sympas. C’est rare que les gens donnent des pourboires mais ils nous reçoivent avec des sourires et des mots gentils. D’autres, font comme si c’était nous qui transportions la maladie”, déplore Franck. “Ils nous disent de ne pas nous approcher avec mépris et agressivité. On comprend la situation mais il faut trouver le ton juste pour parler à la personne qui vous apporte ce que vous avez commandé”, s’indigne le livreur.

Contrats précaires
En Belgique, Aziza *, une demandeuse d’asile marocaine, travaille, elle aussi, pour une entreprise de livraison mais du côté de la préparation des colis avant leur envoi aux clients. Ayant signé un contrat de travail mensuel renouvelable avec l’entreprise, elle ne peut pas bénéficier de chômage technique.

“La direction de l’entreprise et les employés qui ont des contrats de travail permanents sont à la maison, eux. Nous essayons autant que possible de prendre des mesures de sécurité et d’utiliser un désinfectant pour les mains, mais nous avons très peur et nous ne parlons que de l’épidémie”, raconte-t-elle.

Ahmed* est dans une situation similaire. Ce demandeur d’asile palestinien est employé depuis deux mois dans une ferme de fleurs à Gand (Belgique). Face à la propagation de l’épidémie, son responsable a réuni les salariés et leur a exposé deux options : arrêter le travail et ne pas avoir de revenus, ou continuer à travailler malgré les risques.

Le jeune homme de 20 ans n’a pas le choix. Sans son salaire, il ne pourrait pas payer le loyer de son appartement et sa nourriture. “Les employés qui ont de longs contrats de travail ont pris des congés et les administrateurs travaillent depuis leur domicile. Quant à nous, ceux qui ont des contrats courts, nous travaillons malgré le risque de contamination. Je travaille à la même table que sept autres personnes, la plupart d’entre nous sommes des immigrés et des demandeurs d’asile”, assure-t-il.

“C’est notre responsabilité envers la société”
A Strasbourg, Somaya, réfugiée d’origine palestinienne, est employée par une entreprise de conditionnement qui s’occupe, entre autres, de matériel médical. Avant la pandémie, 90 personnes travaillaient dans son service mais, en raison de la situation actuelle, leur nombre a été réduit à 35 personnes. La plupart sont immigrées.

“L’administration nous a dit ‘nous avons besoin de vous’. Nous sommes pleinement conscients de l’importance de notre rôle et nous sommes préparés à travailler même le week-end. C’est d’ailleurs ce qui se passera la semaine prochaine”, affirme Somaya.

“Avant la crise actuelle, nous devions déjà suivre beaucoup de mesure de stérilisation et d’hygiène, mais avec la situation actuelle, les procédures ont été renforcées. Nous devons nous laver les mains régulièrement et garder une distance d’au moins un mètre avec chaque employé.”

Comme ses collègues, Somaya est déterminée à poursuivre son travail malgré la peur de l’infection. “Si tout le monde a peur, que devraient dire les médecins qui, eux, sont directement au contact des malades ? C’est notre responsabilité envers la société [de continuer à travailler].”

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